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JIM4591
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L'Expansion - Un Yakuza interviewé
Publié le 05.09.2011 à 18:13 par Jim4591

Voici un reportage intéressant sur l’économie souterraine au Japon, qui évidement, est à prendre avec des pincettes… (ou des baguettes…).

Source: http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-mafia-japonaise-cherche-un-nouveau-business-model_261536.html

[i]La mafia japonaise cherche un nouveau "business model"
Reportage à Tokyo de Charles Haquet, Jérôme Pierrat, Bertrand Monnet (professeur à l'Edhec). Reportage photo: Jérôme Chatin [/i]

La rencontre a lieu dans un immeuble discret du quartier de Shinagawa, dans le sud de Tokyo. Assis dans un canapé, dans une pièce tout en longueur située au dernier étage, Masatoshi Kumagai, l'un des "parrains" les plus puissants de la mafia japonaise - ceux que l'on appelle les yakuzas -, a accepté de parler de son business. Autour de lui, ses hommes de main, tout de noir vêtus, semblent sortir d'un film de Takeshi Kitano. L'un d'eux, nuque de taureau et regard dur, a un doigt coupé - une pratique courante chez les yakuzas. Lorsqu'il a commis une faute grave, le gangster se tranche une phalange, l'enveloppe dans un linge et l'offre à son patron en signe de contrition.
Rencontre avec un chef yakuza
Il est exceptionnel qu'un chef mafieux lève ainsi le voile sur ses activités. Pourquoi l'a-t-il fait pour L'Expansion ? Parce que notre façon d'aborder le sujet - sous un angle économique - lui a plu. Pas de sensationnalisme ici : les yakuzas sont bien une réalité économique dans l'archipel, avec plus de 80 000 hommes regroupés en "familles", à la manière des mafias siciliennes. Le clan Inagawakai, dont Kumagai est l'un des boss, est une véritable entreprise criminelle. Sans doute l'homme veut-il aussi rétablir certaines vérités. Il le dira plusieurs fois durant l'entretien : "Il y a beaucoup de fantasmes et d'exagération médiatique" autour des yakuzas. On les voit toujours plus forts, toujours plus riches. "C'est plutôt la tendance inverse", affirme-t-il. Selon lui, les 22 clans yakuzas recensés au Japon sont en déclin. La "faute" à l'Etat nippon, qui, dit-il, a déclaré la guerre à la mafia il y a deux ans.
Rappel des faits : le 17 avril 2009, le maire de Nagasaki est assassiné en pleine rue par un yakuza. Qualifié de "défi à la démocratie" par le Premier ministre de l'époque, ce crime scelle la rupture du "contrat" qui liait l'Etat et les yakuzas. Pour comprendre comment une telle tolérance a pu exister, il faut revenir quelques décennies en arrière. Après la Seconde Guerre mondiale, d'abord, lorsque l'Etat japonais recourt aux yakuzas pour lutter contre les gangs chinois et coréens qui gangrènent le pays. Dans les années 60, ensuite, quand la pègre brise les grèves ouvrières avec la bénédiction du parti conservateur.
L'Etat étant neutralisé, la "pieuvre" nippone peut déployer ses tentacules. Racket, jeux, trafic de shabu (amphétamines), prêts usuraires, prostitution... Les mafias s'enrichissent. En 2004, un économiste, Takashi Kadokura, évalue leur trésor de guerre à plus de 6 milliards d'euros ! Adulés, admirés, les yakuzas s'affichent dans les soirées de la jet-set, l'argent coule à flots. Trop d'arrogance ? En 1992, une loi, dite "antigang", est votée pour réduire l'influence et la visibilité des yakuzas. Mais il faudra attendre dix-sept ans pour qu'elle entre en vigueur.
Fini, donc, les grands raouts dans les palaces tokyoïtes, la mafia nippone se fait discrète - même si elle a toujours pignon sur rue. En même temps, elle cherche de nouveaux relais de croissance. Quel meilleur moyen, pour se développer, que de prendre pied dans l'économie traditionnelle ? Ces dernières années, les principaux clans yakuzas ont donc largement investi certains secteurs, comme la construction, la Bourse et l'immobilier. Selon les estimations de la police japonaise, plus de la moitié des revenus mafieux viendraient aujourd'hui du commerce "légal". Alors, qui sont vraiment les yakuzas ? Businessmen ou gangsters ? Les deux, en fait. On le constate à la lecture des statistiques : sur les 80 900 membres, 42 300 ont un statut d'"associés". Ils ne sont pas tatoués, comme les "vrais" yakuzas, mais ils gravitent autour de l'organisation. "Ils sont experts en finance, en droit... La moitié du clan Inagawakai, soit 4 800 personnes, est constituée d'associés", explique Masatoshi Kumagai.
Les yakuzas pourront-ils longtemps encore réinjecter leurs profits dans l'économie "blanche" ? Rien n'est moins sûr. Pour survivre, estime Masatoshi Kumagai, ils doivent faire évoluer leur business model. Cet ancien tueur à gages s'y prépare. Déjà, il a trouvé des parades. Confidences d'un boss.

Les yakuzas ont-ils été touchés par la crise?
Ce qui nous a surtout affectés, c'est le changement d'attitude des autorités japonaises à notre égard. Jusqu'en 2009, nous pouvions exercer nos activités, il y avait une tolérance du pouvoir. Certes, il existait des lois antiyakuzas, comme celle de 1992, mais il n'y avait pas de vrai contrôle. A partir de 2009, tout a changé. Affaibli par la crise, le gouvernement s'est mis à nous combattre. C'était pour lui un moyen de faire remonter sa cote de popularité. Du coup, la réglementation est devenue très contraignante. Et les policiers n'ont plus du tout d'indulgence à notre égard.

Le gouvernement n'a-t-il pas surtout voulu mettre fin à la spirale de violence qui décimait les clans yakuzas?
Il y a une part de vérité dans ce que vous dites. Les yakuzas sont allés trop loin dans la violence, ils se sont étouffés eux-mêmes.

Quel a été l'impact de cette "déclaration de guerre" de l'Etat japonais sur le business mafieux?
Certaines de nos activités sont en perte de vitesse. Le racket, par exemple. Désormais, un commerçant qui donne de l'argent à un clan yakuza en échange de sa "protection" peut être inquiété par la police. La première fois, il reçoit un avertissement. S'il continue à payer, il aura affaire à la brigade antigang et écopera d'une lourde peine. On lui confisquera son droit d'exploitation. Dans certains secteurs où les yakuzas sont traditionnellement bien implantés, comme le BTP, il est aussi de plus en plus difficile de faire du business. Ainsi, des sociétés détenues par des yakuzas ne peuvent plus répondre à des appels d'offres.

Vous pouvez le faire de façon indirecte, via des sociétés écrans...
Nous avons des liens avec certains groupes de bâtiment et de travaux publics, je ne vous dirai pas le contraire. Mais ces montages sont complexes à réaliser. Il y en a de moins en moins.

Les yakuzas sont-ils toujours très actifs dans la sphère financière?
Là aussi, notre présence faiblit. Longtemps, les yakuzas ont pu influer sur les cours boursiers, parce que nous avions les informations avant tout le monde. Ce n'est plus le cas. Les derniers grands scandales financiers l'ont montré, les yakuzas n'ont plus "l'exclusivité" en matière de délit d'initié. Il n'y a plus vraiment de frontières entre le monde légal, celui des traders, et le monde illégal, celui des yakuzas.

Envoyez-vous toujours des perturbateurs dans les assemblées générales des grands groupes pour déstabiliser le management?
Des sokaya? Non, il n'y en a presque plus. La police a interdit cette pratique.

A vous entendre, les yakuzas sont en train de disparaître...
Leur influence diminue, ils doivent se faire de plus en plus discrets. [Masatoshi Kumagai se tourne brusquement vers l'interprète, il semble contrarié] J'ai l'impression que vous ne me croyez pas. D'autres yakuzas mettraient un point d'honneur à vous affirmer que tout va bien. Moi, je veux être honnête avec vous. Les yakuzas sont en perte de vitesse, je vous le garantis. Bien sûr, il reste quelques gros business, comme la drogue, mais les yakuzas ne gagnent plus autant d'argent qu'avant. Les chiffres que l'on trouve dans la presse - quelques centaines de millions d'euros, voire des milliards - sont exagérés.

Qu'allez-vous faire pour enrayer ce déclin?
Ma réponse n'engage que moi, je ne pense pas que d'autres chefs yakuzas vous diraient la même chose. Nous vivons depuis 2009 une profonde mutation. Depuis leurs origines, les yakuzas se sont toujours développés localement. Aujourd'hui, à cause de la crise économique et du contrôle strict de l'Etat, il faut aller chercher de nouveaux business à l'étranger. Mais c'est d'autant plus difficile que nous n'avons jamais tissé de liens avec d'autres milieux mafieux, que ce soit à Taïwan, à Hongkong ou au Vietnam.

Dans quels pays cherchez-vous à vous développer? Et dans quel type d'activité?
Principalement en Asie. J'interviens dans des "deals" qui sont réalisés entre des partenaires installés dans différents pays, notamment la Chine et la Corée du Sud. Je sers d'intermédiaire. J'investis également dans des entreprises asiatiques. Récemment, je suis entré dans le capital de casinos, à Macao. C'est très difficile à faire, je suis le seul Japonais à y être parvenu. De façon plus générale, je ne connais pas d'autres chefs yakuzas qui partent ainsi à la conquête de l'étranger. Moi, ça fait longtemps que je regarde au-delà des frontières.

Quel type de réseau activez-vous pour décrocher ces contrats?
J'ai toutes sortes de contacts, dans des sociétés officielles comme dans le "milieu". Ce qui est rassurant, c'est que les yakuzas ont toujours une bonne image à l'étranger. Je reviens de Harbin [dans le nord-est de la Chine]. Là-bas, les gangsters se tatouent et s'habillent comme nous le faisions il y a trente ou quarante ans ! C'est plutôt de bon augure. Les liens que nous tissons avec eux aujourd'hui nous permettront d'investir demain.

Quel est le chiffre d'affaires des clans les plus puissants?
Personne ne le connaît vraiment, même au plus haut niveau des organisations. Chaque "famille" a sa propre activité - prêts usuriers, stupéfiants, salles de jeu, business légal... Et, au sein des familles, chacun des membres fait, en plus, son propre business, qu'il garde secret. Il est trop dangereux de le divulguer. Les ennemis sont partout. En ce qui me concerne, je ne dis pas à mes hommes ce que je fais...

Comment les yakuzas sont-ils perçus dans la société japonaise? Leur image a-t-elle changé?
Les gens n'ont plus peur de nous. Les autorités non plus. Le risque, pour nous, c'est d'être totalement rejetés et de disparaître. Pour éviter une telle issue, nous devons revenir aux valeurs morales qui nous ont forgés, le ninkyodo,(l'entraide). Il nous faut absolument améliorer notre image - ne serait-ce que pour rester attractifs.

Pourquoi ? Vous avez des problèmes de recrutement?
Oui. Aujourd'hui, il est très difficile de faire venir des gens de talent.

Le crime ne paie plus...
Même les jeunes hésitent à nous rejoindre. Là encore, les mesures gouvernementales nous ont fait du mal. Les peines de prison se sont durcies. Un yakuza qui, avant, prenait quinze ans pour un délit grave écope aujourd'hui du double, voire, parfois, de la perpétuité. Après avoir purgé sa peine, il retrouvait la "famille". Il était respecté pour ce qu'il avait fait et accédait à un rang supérieur dans l'organisation. Aujourd'hui, les yakuzas sont plus faibles, leur existence même est menacée. Comment garantir à celui qui va en prison qu'il retrouvera une place meilleure dans trente ans, alors que nous ne savons même pas si nous existerons encore ? Enfin, il y a moins d'argent. Etre yakuza, pour un jeune, c'est moins séduisant qu'à l'époque où l'argent coulait à flots, quand il pouvait avoir toutes les filles et les voitures de sport qu'il voulait.

Le déclin - relatif - des yakuzas favorise-t-il l'émergence de nouvelles organisations criminelles?
Oui. Dans certains endroits, qui étaient auparavant tenus par les yakuzas, on voit apparaître de nouveaux groupes criminels, notamment étrangers, qui agissent de plus en plus sourdement, et qui échappent à tout contrôle. Si nous n'étions pas aussi surveillés par les autorités, nous pourrions enrayer ce mouvement...

Quel type d'individu recrutez-vous? Et comment les jaugez-vous?
De jeunes voyous, principalement. Ce n'est pas moi qui les embauche directement, ce sont mes hommes. Après, j'observe ces nouvelles recrues, je regarde la façon dont elles saluent, dont elles servent le thé. Je juge leurs aptitudes. Je vois tout de suite les futurs "chasseurs" - ceux qui sauront développer le business. Parfois, nous avons des problèmes avec nos jeunes. Ils n'ont pas la même mentalité que nous. Quand ils font une grosse bourde, ils s'enfuient. Ce n'est pas une attitude digne. Le pis, c'est que, lorsque nous les rattrapons et que nous les passons à tabac pour les remettre dans le droit chemin, ils vont voir la police pour nous dénoncer ! Nous, quand nous étions battus par nos aînés, nous leur criions "Merci beaucoup" à la fin. Les jeunes ne respectent plus les règles.

[b]Comment formez-vous les "chasseurs"?
"Nous n'avons plus "l'exclusivité" en matière de délit d'initié. Il n'y a plus vraiment de frontières entre le monde légal des traders et celui, illégal, des yakuzas."[/b]
J'y passe beaucoup de temps. Il faut apprendre aux jeunes lions à chasser. Ensuite, c'est à chacun de se débrouiller pour développer son business. Le principal, c'est qu'ils paient leurs cotisations. Certains réussiront mieux que d'autres. Ceux-là, il faut leur donner les moyens de développer leur territoire. Par peur de se faire doubler, certains boss écrasent leurs subordonnés. C'est idiot. Il ne faut pas être jaloux des gens talentueux, il faut juste travailler dix fois plus qu'eux. Moi, je demande l'obéissance à mes jeunes yakuzas. Mais je leur apprends aussi la fierté.



VOS REACTIONS
Posté le 05-09-11 @ 19:15


Gamertag :
ShashinMika
J'ai lu cet article mais j'ai l'impression que l'Expansion ne s'est pas trop foulé avec leur "interview exclusif".
Il y a quelques semaines était diffusé sur Arte une reportage intitulé "Young Yakuza" (documentaire de 2006~2007) et c'est exactement se que résume l'article, normal ce sont les même mafieux, le même quartier etc etc....

Je soupçonne le journal d'avoir fait un résumé du documentaire sus-cité.

Voici le reportage en question (en 6 partie):

http://www.dailymotion.com/video/x70j51_young-yakuza-1x6_news
Posté le 05-09-11 @ 20:47


Gamertag :
Eien Slash
J'ai eu la flemme de lire ton post mais je rejoint Maid Master en ce qui concerne le documentaire-reportage "Young Yakuza" que j'ai eu beaucoup de plaisir à regarder, il est très interessant en particulier sur la vraie vie au sein d'une famille de yakuzas en particulier sur le rôle du chef de famille et de la relation avec ses subordonnées ! Ce documentaire vaut vraiment le coup d'être vu, avec une mention spéciale pour la bande-originale.





 
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